{"id":103,"date":"2020-04-14T10:21:34","date_gmt":"2020-04-14T08:21:34","guid":{"rendered":"http:\/\/eleonore-sibourg.fr\/?p=103"},"modified":"2021-11-03T19:23:02","modified_gmt":"2021-11-03T18:23:02","slug":"publication-dans-reticule-la-newsletter-des-nouvelles-dans-lair-du-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/2020\/04\/14\/publication-dans-reticule-la-newsletter-des-nouvelles-dans-lair-du-temps\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Plan\u00e8te bleue, \u00e9clipse, plan\u00e8tes bleues\u00a0\u00bb dans R\u00e9ticule, la newsletter des nouvelles dans l&rsquo;air du temps"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>R\u00e9ticule<\/em><\/strong>, c&rsquo;est un recueil tous les deux mois de fictions courtes, rafra\u00eechissantes et originales, directement dans sa bo\u00eete de r\u00e9ception, sur des th\u00e9matiques \u00e0 la fois globales et pas si \u00e9loign\u00e9es de notre vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le #6 paru en mai 2020, une th\u00e9matique \u00e9tait de mise: <strong>le confinement<\/strong>! <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma nouvelle, qui a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e, est \u00e0 lire ici<\/strong>: <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/reticule.fr\/2020\/05\/planete-bleue-eleonore-sibourg\/\">https:\/\/reticule.fr\/2020\/05\/planete-bleue-eleonore-sibourg\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Sinon, <strong>je la copie \u00e9galement en fin d&rsquo;article<\/strong> (moins classe, mais plus simple!)<\/p>\n\n\n\n<p>Et si tu as envie de d\u00e9couvrir les autres textes et anciens num\u00e9ros, rien de plus facile:<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/us20.campaign-archive.com\/home\/?u=d806e7386c96fcd9cac49acf3&amp;id=8b5b35c2a0\">https:\/\/us20.campaign-archive.com\/home\/?u=d806e7386c96fcd9cac49acf3&amp;id=8b5b35c2a0<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bonne(s) lecture(s)!<\/p>\n\n\n<p class=\"google-fonts-blocks\" style=\"\"><br><br><br>                                   <strong>Plan\u00e8te bleue, \u00e9clipse, plan\u00e8tes bleues<\/strong><br>                                                   <em>par \u00c9l\u00e9onore SIBOURG<\/em><br><strong>\u00a0<\/strong><br>\u00a0<br>Vue de l\u2019espace, la Plan\u00e8te bleue est toujours aussi magnifique. Qu\u2019elle soit l\u2019\u0153uvre\u00a0 de Dieu, du Big-bang ou du Hasard, on ne peut qu\u2019admirer la perfection de sa sph\u00e8re. Des voiles n\u00e9buleux la nimbent ici et l\u00e0. Des oripeaux de fant\u00f4mes errant dans l\u2019atmosph\u00e8re, qui donnent \u00e0 la Terre un aspect magique.<br>La mosa\u00efque de bleu, de vert et d\u2019ocre se pr\u00e9cise \u00e0 mesure que l\u2019on se rapproche de l\u2019Europe. Les tourbillons blancs des nuages dansent sur le continent, en r\u00e9v\u00e8lent la cartographie.<br>Les pointes ac\u00e9r\u00e9es des reliefs d\u00e9chirent maintenant la nu\u00e9e. On voit s\u2019\u00e9tendre sur la France des nappes de for\u00eats vertes. C\u2019est beau.<br>Comme lorsque l\u2019on se rapproche de l\u2019\u00e9cran d\u2019une vieille t\u00e9l\u00e9vision, les aplats de couleurs disparaissent bient\u00f4t. Ils laissent place aux pixels d\u00e9sordonn\u00e9s de l\u2019activit\u00e9 humaine. La ville \u00e9tend ses toits, ses axes tortueux, ses chemin\u00e9es. Mais aucune fum\u00e9e n\u2019en sort. L\u2019avenue Jean Jaur\u00e8s est d\u00e9serte. Les branches des platanes flottent dans un air calme et ti\u00e8de.<br>Au num\u00e9ro 18 bis, quatri\u00e8me \u00e9tage, appartement F, Michael Frampier, trente-six ans, est confortablement install\u00e9 sur son canap\u00e9. Sur ses genoux est ouvert l\u2019un des plus grands classiques de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, \u00e0 la premi\u00e8re page\u00a0:<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br>\u00ab\u00a0Tant qu\u2019il existera, par le fait des lois et des m\u0153urs, une damnation sociale cr\u00e9ant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d\u2019une fatalit\u00e9 humaine la destin\u00e9e qui est divine\u00a0; tant que les trois probl\u00e8mes du si\u00e8cle, la d\u00e9gradation de l\u2019homme par le prol\u00e9tariat, la d\u00e9ch\u00e9ance de la femme par la faim, l\u2019atrophie de l\u2019enfant par la nuit, ne seront pas r\u00e9solus\u00a0; tant que, dans de certaines r\u00e9gions,\u00a0l\u2019asphyxie sociale sera possible\u00a0; en d\u2019autres termes, et \u00e0 un point de vue plus \u00e9tendu encore, tant qu\u2019il y aura sur la terre ignorance et mis\u00e8re, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas \u00eatre inutiles.\u00a0\u00bb<br>.<br>Le roman de Victor Hugo voltige et s\u2019\u00e9crase sur le carrelage, dans un froissement de papier. Michael soupire. C\u2019est le genre de soupirs longs et sonores, du type franchement exc\u00e9d\u00e9. Mais quelle id\u00e9e de lire ce truc\u00a0! Si c\u2019est pour se taper mille six cents pages de phrases \u00e0 rallonge qui nous certifient \u00e0 quel point l\u2019homme est mis\u00e9rable, c\u2019est pas la peine\u00a0! Pas en ce moment\u00a0! Il entend encore la voix de M\u00e9lissa\u00a0: \u00ab\u00a0Tu devrais te cultiver un peu, tu ne lis pas souvent.\u00a0\u00bb Il va peut-\u00eatre commencer par du Nothomb. \u00c7a fait moins peur, tout de m\u00eame. \u00a0<br>Troisi\u00e8me semaine de confinement. Il regarde autour de lui, l\u2019\u00e9tat d\u00e9labr\u00e9 de son salon. Des cadavres de bouteilles de bi\u00e8res, le cendrier qui d\u00e9borde sur la table basse, au milieu de bouts de chips et de plastique. Oui, ce serait une bonne id\u00e9e de nettoyer un peu. M\u00eame dans ses ann\u00e9es \u00e9tudiantes, il n\u2019\u00e9tait pas tomb\u00e9 aussi bas. Plus tard. Il attrape son ordinateur et ouvre une page Facebook. Pas de nouveau message. Aucune notification. Fil d\u2019actualit\u00e9s. Il scrolle, scrolle, descendant chaque fois plus avant dans les profondeurs du r\u00e9seau social. Les contenus sont scann\u00e9s \u00e0 toute vitesse\u00a0: article sur les d\u00e9rives du gouvernement, p\u00e9tition solidaire pour les caissi\u00e8res des supermarch\u00e9s, publicit\u00e9 pour la nouvelle Fiat, le tout entrecoup\u00e9 de statuts et de vid\u00e9os pr\u00e9tendument comiques. Personne n\u2019en parle, de la propagation du virus de la connerie\u00a0! \u00c7a le fout en rogne, en tout cas. Il referme son ordinateur d\u2019un coup sec. M\u00eame clo\u00eetr\u00e9s chez eux, faut que les gens trouvent un moyen de se faire exister, c\u2019est pas possible\u00a0! Quelque part, \u00e7a le rassure. Il n\u2019est pas le seul \u00e0 se morfondre.<br>La premi\u00e8re semaine, \u00e7a allait encore. Ce go\u00fbt d\u2019in\u00e9dit qui flottait dans l\u2019air, la stupeur, l\u2019effet \u00ab\u00a0grande annonce\u00a0\u00bb de Macron \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Michael doit bien se l\u2019avouer, \u00e7a lui avait fil\u00e9 un d\u00e9but de chair de poule. Elles \u00e9taient bienvenues ces vacances forc\u00e9es. Il serait bien mieux chez lui qu\u2019au boulot, \u00e0 pr\u00e9tendre que tout allait bien. Il avait regard\u00e9 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des James Bond, et attention, en incluant aussi George Lazenby et Timothy Dalton, s\u2019il vous pla\u00eet\u00a0! Le tout arros\u00e9 d\u2019un Deliveroo tous les soirs : chinois, italien, japonais\u2026 Suppl\u00e9ment frites, sauce samoura\u00ef, gaufre au caramel. \u00ab\u00a0Avec ceci\u00a0?\u00a0\u00bb Eh bien vous me mettrez une bonne dose de gras en plus! Pour ce qu\u2019il en avait \u00e0 faire\u00a0! Ah, si M\u00e9lissa l\u2019avait vu\u2026 Mais \u00e7a lui avait fait du bien, de se vautrer ainsi dans la d\u00e9cadence. Il buvait son Coca \u00e0 m\u00eame la bouteille, \u00ab\u00a0l\u2019Am\u00e9ricain parfait\u00a0! \u00bb, il s\u2019\u00e9tait dit, en raclant sur son surv\u00eatement tach\u00e9 un bout de fromage s\u00e9ch\u00e9 qu\u2019il avait ensuite gob\u00e9, sans trop se poser de questions.<br>\u00a0<br>Sauf qu\u2019elle durait, la situation exceptionnelle. Et comme tout le reste, comme les histoires d\u2019amour ou les s\u00e9ries aux trente-six saisons, quand \u00e7a se prolonge, non seulement \u00e7a devient fatigant mais surtout, \u00e7a devient ordinaire. Il en est l\u00e0, \u00e0 ronger son frein, \u00e9cras\u00e9 par l\u2019ennui mais pour autant incapable de s\u2019atteler \u00e0 quelque chose, n\u2019importe quoi qui puisse l\u2019en tirer. Alors, au lieu de rester l\u00e0, les yeux dans le vague \u00e0 ruminer, il va chercher une bi\u00e8re dans le frigo et sort une clope de son paquet, pour la vingti\u00e8me fois de la journ\u00e9e. C\u2019est l\u2019heure de la sortie\u00a0! Accoud\u00e9 \u00e0 la balustrade de son balcon, il regarde l\u2019avenue. Tiens, si, il y a quelqu\u2019un l\u00e0-bas qui marche. Une fille, avec un sac-\u00e0-dos. Jour de courses\u00a0? Trajet pour aller au travail\u00a0? Elle disparait bient\u00f4t dans une rue adjacente. Dommage. Il boit \u00e0 petites gorg\u00e9es mais sans soif. L\u2019habitude. Il y a dans l\u2019air une odeur de pollen. Face \u00e0 lui, les bourgeons des platanes s\u2019\u00e9panouissent sous le soleil de fin de journ\u00e9e. Des passereaux sautent d\u2019une branche \u00e0 l\u2019autre, bousculant le vert tendre des feuilles naissantes. Ils ne sont pas concern\u00e9s, eux\u00a0! Leur terrain de jeux s\u2019est m\u00eame sacr\u00e9ment agrandi\u00a0! Michael vide sa bi\u00e8re d\u2019un trait et la lance de toutes ses forces sur le moineau le plus proche. Rat\u00e9. Une myriade d\u2019oiseaux s\u2019envole vers le refuge du ciel. Quant \u00e0 la bouteille, elle va se d\u00e9sint\u00e9grer sur la route dans un joli bruit d\u2019\u00e9toile. Ce sera \u00e7a de moins \u00e0 descendre au container.\u00a0<br>\u00a0<br>Retour au canap\u00e9. Ordinateur. Facebook. Scroll, scroll. Scroll. Il bascule sur YouTube, regarde une vid\u00e9o de vulgarisation sur la th\u00e9orie du chaos. Deux minutes et trente-trois secondes, saluons la performance\u00a0! Puis il va v\u00e9rifier les derni\u00e8res actualit\u00e9s sur le site du <em>Monde<\/em>. Le confinement aggrave les fractures sociales. Il lit l\u2019article, poste un commentaire incendiaire, accusant les riches, le gouvernement, le capitalisme et la soci\u00e9t\u00e9 de fouler au pied les petites gens comme lui. \u00c7a ne sert \u00e0 rien, mais \u00e7a soulage. Nouvelle clope. De la cendre tombe sur son surv\u00eatement, y fait une petite tache noire. Une de plus. Punaise, il faudra vraiment qu\u2019il se change \u00e0 l\u2019occasion, \u00e7a ne peut pas continuer comme \u00e7a. Virage sur Amazon. Casque Audio Bose sans fil \u00e0 deux cent cinquante euros. Panier\u00a0! Il faut savoir se faire plaisir. De toute fa\u00e7on il ne d\u00e9pense plus d\u2019argent, il peut se le permettre. Rien \u00e0 acheter, plus rien \u00e0 offrir. Et \u00e7a fera tourner l\u2019\u00e9conomie, c\u2019est Macron qui va \u00eatre content\u00a0! Salaud.<br>\u00a0<br>Alors qu\u2019il saisit le num\u00e9ro de sa carte bleue, la sonnerie \u00ab\u00a0appel vid\u00e9o\u00a0\u00bb se met \u00e0 retentir. Oh non, il a encore oubli\u00e9\u00a0! Il recoiffe ses cheveux de la main, repositionne l\u2019ordinateur pour que le d\u00e9sordre ambiant \u00e9chappe \u00e0 l\u2019\u0153il de la webcam. C\u2019est tout de m\u00eame pratique, se dit-il. Elle ne verra que ce que je lui donne \u00e0 voir. Le visage de sa m\u00e8re appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Elle est sur la terrasse. Ses joues sont rouges. Elle a jardin\u00e9 toute l\u2019apr\u00e8s-midi, s\u2019il savait tout ce qu\u2019elle a fait\u00a0! Plus de mauvaises herbes dans les fraises\u00a0! Les tulipes sont en fleurs. Elle a m\u00eame vu un li\u00e8vre d\u00e9taler dans les bois, quand elle promenait Friskie tout \u00e0 l\u2019heure\u00a0! \u00ab\u00a0Et toi comment vas-tu mon ch\u00e9ri\u00a0? Que fais-tu de tes journ\u00e9es\u00a0?\u00a0\u00bb Tout va bien\u00a0! Il s\u2019occupe, il lit, bricole, prend le temps de faire ce que le temps ordinaire ne lui permet pas. Il a m\u00eame nettoy\u00e9 son frigo et r\u00e9par\u00e9 la fuite d\u2019eau du robinet de la cuisine, c\u2019est dire\u00a0! Disant cela, il pr\u00eate l\u2019oreille et entend, de loin, le ploc des gouttes d\u2019eau qui s\u2019\u00e9crasent sur la vaisselle sale. Ce qu\u2019il lit\u00a0? <em>Les Mis\u00e9rables<\/em>, de Victor Hugo. \u00ab\u00a0\u00c7a te pla\u00eet\u00a0?\u00a0\u00bb Plut\u00f4t oui, mais il n\u2019en est qu\u2019au d\u00e9but. Sa m\u00e8re encha\u00eene sur ses lectures \u00e0 elle, \u00ab\u00a0ton p\u00e8re aussi, s\u2019est mis \u00e0 lire, maintenant qu\u2019il a du temps\u00a0! On le vit plut\u00f4t bien, en fait ce confinement\u00a0!\u00a0\u00bb Elle parle, parle, \u00e7a lui fait penser au p\u00e9piement des moineaux, tout \u00e0 l\u2019heure sur le balcon. Soudain, le visage maternel se ferme, devient plus s\u00e9rieux. \u00ab\u00a0Et M\u00e9lissa, tu as des nouvelles\u00a0?\u00a0\u00bb Crispations dans le ventre. Non. Et mamie, comment elle va\u00a0? Transition peu subtile, mais qui a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre efficace. \u00ab\u00a0Tu me manques mon ch\u00e9ri, je m\u2019inqui\u00e8te pour toi. Tu manges correctement au moins\u00a0?\u00a0\u00bb Coup d\u2019\u0153il sur les cartons de pizzas \u00e9ventr\u00e9s par terre. \u00ab\u00a0Ne te fais pas de souci, maman, j\u2019ai m\u00eame achet\u00e9 des brocolis l\u2019autre jour au supermarch\u00e9.\u00a0\u00bb C\u2019est vrai en plus. Avec vingt-quatre rouleaux de papier-toilette, toutes les Barilla qui restaient dans le rayon, et la sauce tomate qui va avec. Pour \u00eatre s\u00fbr. Un type lui a demand\u00e9 s\u2019il pouvait c\u00e9der un paquet de p\u00e2tes, vu qu\u2019il n\u2019y en avait plus en rayon. \u00ab\u00a0Non, il a r\u00e9pondu, vous n\u2019aviez qu\u2019\u00e0 anticiper. Il reste du quinoa si vous voulez.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0 Tu m\u2019\u00e9coutes\u00a0?\u00a0\u00bb reprend sa m\u00e8re. Oui, oui. Vingt minutes de verbiage plus tard, il peut enfin refermer son ordinateur. Il soupire. Pense aux brocolis. Ils sont toujours dans le frigo, probablement moisis \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est. Il a pens\u00e9 \u00e0 elle en les achetant. Il aimait bien qu\u2019elle veuille lui faire manger des trucs sains, en fait. Clope, balcon. L\u2019air pur, \u00e7a change les id\u00e9es\u00a0!<br>\u00a0<br>Il est soudain tir\u00e9 de ses pens\u00e9es par des salves d\u2019applaudissements et de cris qui r\u00e9sonnent dans le quartier. Il distingue dans la nuit des silhouettes dessin\u00e9es \u00e0 contre-jour dans l\u2019encadrement des fen\u00eatres, sur les immeubles d\u2019en face. Ah oui, il est vingt heures. C\u2019est tout de m\u00eame simple la solidarit\u00e9, non\u00a0? Tu te pointes au balcon, t\u2019applaudis deux minutes, en bonne brebis lobotomis\u00e9e, et apr\u00e8s tu fermes les volets, tr\u00e8s satisfait de ta petite personne, parce que tu as fait une bonne action.<br>\u00ab\u00a0BANDE DE BALTRINGUES\u00a0!\u00a0\u00bb hurle Michael de toutes ses forces. Mais, effray\u00e9 de ce que ses voisins \u00e0 lui aient pu l\u2019entendre, il se d\u00e9p\u00eache de rentrer et de refermer la baie vitr\u00e9e. C\u2019est l\u2019heure du Journal, au moins a-t-il quelque chose \u00e0 faire. Il s\u2019assoit dans le canap\u00e9. Les coussins commencent \u00e0 prendre la forme de son cul, c\u2019est mauvais signe. Le grand \u00e9cran de la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019allume sur les paroles m\u00e9tronomiques du pr\u00e9sentateur. Des centaines de d\u00e9c\u00e8s en plus. Partout. \u00c7a n\u2019est pas pr\u00eat de s\u2019arranger cette affaire.<br>\u00a0<br>La sonnette retentit tout d\u2019un coup. Michael sursaute. Qui \u00e7a peut bien \u00eatre\u00a0? Il n\u2019a rien command\u00e9 pourtant. M\u00e9lissa\u00a0? Pauvre abruti\u2026 Elle t\u2019a dit qu\u2019elle ne reviendrait jamais. Tu la connais, elle tient toujours parole. C\u2019est ce que t\u2019aimais aussi chez elle, pas vrai\u00a0? Il regarde par l\u2019\u0153ill\u00e8re de la porte d\u2019entr\u00e9e. D\u00e9ception. C\u2019est une voisine, il la reconna\u00eet. \u00c7a n\u2019arrive que dans les films que c\u2019en soit une jolie, \u00e9perdue et en nuisette, \u00e9videmment. La pens\u00e9e du virus le bloque une seconde, mais non, il finit par ouvrir.<br>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ouais\u00a0? demande-t-il d\u2019un ton brusque.<br>Elle recule. C\u2019est bien, il faut savoir respecter les distances de s\u00e9curit\u00e9. Il la regarde pendant qu\u2019elle se tortille les mains, toute tremblante. \u00c7a se fait encore, les lunettes \u00e0 double foyer comme \u00e7a\u00a0?<br>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je suis d\u00e9sol\u00e9e de vous d\u00e9ranger mais je ne sais pas quoi faire. Mon p\u00e8re est tomb\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure, il est rest\u00e9 inconscient pendant un long moment. Il saigne de la t\u00eate\u00a0! Je n\u2019ai pas le permis, le SAMU est satur\u00e9 d\u2019appels et les autres voisins, \u00e0 cause du couvre-feu, ne veulent pas prendre le risque de nous emmener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital\u2026<br>Elle se tait soudain, g\u00ean\u00e9e de se rendre compte qu\u2019il est la derni\u00e8re personne \u00e0 qui elle a bien voulu demander de l\u2019aide.<br>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Est-ce que\u2026\u00a0? S\u2019il vous pla\u00eet, il est vieux, il a la sant\u00e9 tr\u00e8s fragile\u2026<br>\u00a0<br>Les verres de ses lunettes sont si \u00e9pais qu\u2019ils doublent la taille de ses yeux. Michael les regarde. Ces yeux\u2026 Il plonge dedans. On dirait deux plan\u00e8tes bleues, iris\u00e9es de vert et d\u2019ocre. Les pupilles, en leur centre, le fixent, suppliantes. Il se sent comme aspir\u00e9 par ces deux trous noirs. C\u2019est beau.<br>Il finit par r\u00e9pondre\u00a0:<br>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je prends ma veste et j\u2019arrive, bougez pas.<br>\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<br>\u00a0<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9ticule, c&rsquo;est un recueil tous les deux mois de fictions courtes, rafra\u00eechissantes et originales, directement dans sa bo\u00eete de r\u00e9ception, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":470,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-103","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103"}],"collection":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=103"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":580,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103\/revisions\/580"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/470"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}