{"id":549,"date":"2021-10-20T14:57:20","date_gmt":"2021-10-20T12:57:20","guid":{"rendered":"http:\/\/eleonore-sibourg.fr\/?p=549"},"modified":"2021-11-03T19:02:01","modified_gmt":"2021-11-03T18:02:01","slug":"publication-ce-qui-ne-tient-qua-un-fil-revue-pourtant-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/2021\/10\/20\/publication-ce-qui-ne-tient-qua-un-fil-revue-pourtant-3\/","title":{"rendered":"Publication ! \u00a0\u00bb Ce qui ne tient qu&rsquo;\u00e0 un fil\u00a0\u00bb, revue Pourtant #3"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>Pourtant<\/strong><\/em>, c&rsquo;est une <strong>revue de cr\u00e9ation litt\u00e9raire et graphique<\/strong> qui vise \u00e0 explorer l&rsquo;humain.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Pourtant<\/strong><\/em>, disent leurs cr\u00e9ateurs, c&rsquo;est le double jeu \u00e0 l&rsquo;oeuvre en chacun de nous. On trouve d&rsquo;ailleurs sur leur site cette admirable citation de Flaubert: <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Il faut pourtant que la critique se m\u00eale toujours \u00e0 l\u2019\u00e9loge, le serpent aux fleurs, l\u2019\u00e9pine aux roses et la v\u00e9role au cul.<\/em><\/p><cite>Flaubert<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>CQFD, n&rsquo;est-ce pas ? Tu trouveras dans <strong>le num\u00e9ro 3<\/strong> l&rsquo;une de mes nouvelles: <strong>\u00ab\u00a0Ce qui ne tient qu&rsquo;\u00e0 un fil\u00a0\u00bb<\/strong>, une histoire d&rsquo;amour et de trahison, de vie et de mort, avec un peu de po\u00e9sie et beaucoup d&rsquo;horreur&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u00e9couvrir la revue (et pourquoi pas l&rsquo;acheter!), hop! c&rsquo;est par ici: <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.pourtant.fr\/3\/\">https:\/\/www.pourtant.fr\/3\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je copie ci-dessous ma nouvelle:<\/strong><\/p>\n\n\n<p class=\"google-fonts-blocks\" style=\"\"><br><br><br>                                           <strong>Ce qui ne tient qu\u2019\u00e0 un fil<\/strong><br><strong>\u00a0<\/strong><br>\u00a0<br>La messe en si mineur de Bach flotte dans l\u2019air comme un baume apaisant. Une ombre s\u2019affaire dans la cuisine \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Ses mouvements \u00e9pousent le rythme de la musique. La robe bat ses mollets \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, comme un doux ressac. La silhouette vogue du placard au frigo et du comptoir \u00e0 l\u2019\u00e9vier, sans brusquer les notes. Des flammes bleues jaillissent soudain du br\u00fbleur, l\u00e9chant le fond en inox de la casserole. Bol, verre, soucoupe et couverts prennent place sur le plateau qu\u2019elle vient de sortir. Les gestes d\u2019Anna sont d\u2019une pr\u00e9cision chirurgicale. Elle les accomplit machinalement, plong\u00e9e dans ses pens\u00e9es, revivant l\u2019apr\u00e8s-midi qui vient de s\u2019\u00e9couler.<br>\u00a0<br>\u00ab\u00a0Il va bien falloir qu\u2019on en parle les filles \u00bb, avait assen\u00e9 Manon apr\u00e8s un trop long silence.Oui mais parler, c\u2019est rendre les choses vraies. Et le plus aguerri des adultes pr\u00e9f\u00e8re parfois remonter la couverture sur ses yeux,\u00a0comme un enfant, plut\u00f4t que de se confronter \u00e0 l\u2019horrible v\u00e9rit\u00e9. Elles devaient pourtant se regarder en face, maintenant qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient plus que trois.<br>\u00a0<br>Une odeur de paprika envahit peu \u00e0 peu la cuisine. Anna glisse deux tranches de pain noir dans le toasteur. Lili et elle habitaient la m\u00eame ville, mais pas Claire et Manon. Les quatre amies avaient alors d\u00e9cid\u00e9 de se retrouver un samedi par mois au restaurant, &#8211; peu importaient le lieu et la charge de travail &#8211; pour resserrer les liens d\u2019une amiti\u00e9 forte qui courait depuis le lyc\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un rituel et il \u00e9tait sacr\u00e9.<br>\u00a0<br>\u00ab\u00a0Alors, on en parle\u00a0?\u00a0\u00bb avait tonn\u00e9 encore une fois Manon. Claire \u00e9pluchait le menu tandis qu\u2019elle, Anna, remuait inlassablement son soda, absorb\u00e9e par le bruit que faisaient les bulles lorsqu\u2019elles explosaient \u00e0 la surface.<br>On \u00e9tait aujourd\u2019hui samedi. C\u2019\u00e9tait leur premier rendez-vous depuis l\u2019enterrement. L\u2019ombre de la d\u00e9funte flottait dans l\u2019air comme un brouillard poisseux. Elle se cachait dans le reflet des couverts, se nichait dans le pli des serviettes, se glissait dans les courants d\u2019air \u00e0 chaque fois qu\u2019un client entrait. Elle profitait des silences pour s\u2019accrocher aux visages de Claire et de Manon, irritant leurs yeux, coulant sur leurs joues, affaissant leurs bouches. Mais la morte n\u2019avait pas prise sur le visage d\u2019Anna. Aucune \u00e9motion ne pouvait plus s\u2019y suspendre.<br>\u00a0<br>Lili \u00e9clats de rire, Lili cheveux de bl\u00e9s, aur\u00e9ole dor\u00e9e au bleu de ses yeux qui s\u00e9duisaient les c\u0153urs tristes et les hommes amoureux. Lili qui \u00e9clipsait sur son passage les chapelles aust\u00e8res et les arbres morts. Trente-deux ans. Arr\u00eat du c\u0153ur. Veill\u00e9e, cercueil, cimeti\u00e8re. Sous terre maintenant, les cheveux priv\u00e9s de lumi\u00e8re.<br>Les tranches de pain surgissent du toasteur et font sursauter Anna. Elle les dispose sur le plateau puis remplit le bol de soupe fumante. Son sourcil se l\u00e8ve. Deux gouttes rouges, \u00e9chapp\u00e9es de la casserole, maculent le plan de travail. Elle les supprime aussit\u00f4t d\u2019un coup d\u2019\u00e9ponge. C\u2019est mieux.<br>\u00a0<br>\u00ab\u00a0Et toi, tu ne dis rien\u00a0! Vous \u00e9tiez encore plus proches toutes les deux, parle\u00a0! Dis quelque chose\u00a0!\u00a0\u00bb Manon \u00e9tait revenue \u00e0 la charge. Anna avait ouvert la bouche sur un silence, aucun mot n\u2019\u00e9tait venu la secourir. Oh oui, elles \u00e9taient proches\u00a0! Des heures, des soir\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 rire, \u00e0 se confier et \u00e0 tout inventer, br\u00fblant une cigarette apr\u00e8s l\u2019autre sur l\u2019autel de l\u2019amiti\u00e9. \u00c0 quel moment tout avait d\u00e9rap\u00e9\u00a0?<br>\u00a0<br>Emport\u00e9e par sa logique scientifique, m\u00e9ticuleuse, Anna cherche cet instant pr\u00e9cis o\u00f9 les choses ont mal tourn\u00e9. Cela fait dix ans qu\u2019elle aime Fred. Huit qu\u2019ils vivent ensemble. Elle connait tout de lui\u00a0: les constellations trac\u00e9es par les grains de beaut\u00e9 de son dos\u00a0; les inflexions de sa voix quand il est en col\u00e8re ou m\u00e9lancolique, moqueur ou vex\u00e9\u00a0; les sursauts qui l\u2019agitent parfois la nuit lorsqu\u2019il est la proie d\u2019un cauchemar, qu\u2019elle apaise par de longues caresses, sans le r\u00e9veiller&#8230; Elle sait le lire. Enfin, elle savait.<br>\u00ab\u00a0C\u2019est une mauvaise passe, tous les couples en ont. C\u2019est normal, apr\u00e8s tout ce temps. Ne t\u2019inqui\u00e8te pas.\u00a0\u00bb l\u2019avait rassur\u00e9e Lili.<br>Il \u00e9tait distant mais r\u00e9pondait que tout allait bien, quand Anna lui posait des questions. Elle se rappelle un soir. Lili venait de plus en plus souvent manger \u00e0 la maison. Cela faisait du bien \u00e0 leur couple. Vent de fra\u00eecheur sur un quotidien devenu pesant. Les couverts gisaient en travers des assiettes sales. Lili faisait le spectacle et racontait sa journ\u00e9e. Fred, genoux crois\u00e9s, verre \u00e0 la main, riait \u00e0 gorge d\u00e9ploy\u00e9e. Un rire franc et sonore, ce genre de rire \u00e9chapp\u00e9 du c\u0153ur. Anna ne l\u2019avait pas entendu depuis longtemps. Elle s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e pour d\u00e9barrasser. Aucun des deux ne l\u2019avait aid\u00e9e. Elle avait emport\u00e9 la pile d\u2019assiettes. Tandis qu\u2019elle remplissait le lave-vaisselle, elle \u00e9coutait les \u00e9clats de joie venant du salon. Alors elle avait ressenti une pointe douloureuse. Pas dans la t\u00eate, ni dans le c\u0153ur, non\u00a0: au creux du ventre. Une l\u00e9g\u00e8re torsion des boyaux. Elle avait eu honte de cette sensation. Et peur.<br>\u00a0<br>Tout est pr\u00eat\u00a0: la soupe et les toasts sont chauds. Les quartiers de mandarine sont dispos\u00e9s en \u00e9ventail sur la soucoupe, nettoy\u00e9s de leurs filaments blancs. Fred d\u00e9teste ces fils minuscules semblables \u00e0 des lambeaux de toile d\u2019araign\u00e9e. Il peut passer des minutes enti\u00e8res \u00e0 en d\u00e9barrasser les agrumes. Elle ouvre un placard d\u00e9bordant de m\u00e9dicaments. Cet arsenal serait inqui\u00e9tant chez toute autre personne mais Anna est pharmacienne, et pr\u00e9voyante de surcro\u00eet. Comme tous les jours depuis deux semaines, elle s\u00e9lectionne quelques g\u00e9lules, les dispose sur le plateau qu\u2019elle emm\u00e8ne dans la chambre o\u00f9 Fred est alit\u00e9.<br>\u00c0 une \u00e9poque, cette chambre avait \u00e9t\u00e9 le symbole du bonheur. Symbole du bonheur\u2026 Que ces mots sonnent creux\u00a0! Comme s\u2019ils ne d\u00e9signaient aucune r\u00e9alit\u00e9. Mais \u00e0 quelle \u00e9poque exactement\u00a0? Anna lance des hame\u00e7ons dans sa m\u00e9moire mais tous se balancent dans le vide sans jamais s\u2019accrocher. Elle a l\u2019impression de se retrouver sur les bancs de l\u2019\u00e9cole devant un livre d\u2019histoire ouvert. On lui parlait des pyramides, des temples grecs, de Marignan, 1515. Pour elle, cela ne d\u00e9signait aucune r\u00e9alit\u00e9. Leur amour a pris, sans qu\u2019elle s\u2019en rende compte, la couleur du pass\u00e9. Une histoire dans l\u2019Histoire, quelque chose qui ne d\u00e9signe plus rien.<br>Elle pose le plateau sur la table de chevet et allume la petite lampe, \u00e9clairant les cernes noirs qui ravagent le visage de son compagnon. Les paupi\u00e8res grises se soul\u00e8vent, r\u00e9v\u00e9lant deux globes morbides qui la regardent sans la voir.<br>\u00ab\u00a0Il faut que tu manges\u00a0\u00bb lui dit-elle doucement. Il cligne des yeux une fois, deux fois, tr\u00e8s lentement, comme si le temps, dans cette chambre, s\u2019\u00e9tait ankylos\u00e9. Puis il se redresse avec effort, installe le plateau sur ses genoux et commence \u00e0 manger, dans l\u2019indiff\u00e9rence la plus totale.<br>\u00a0<br>Elle avait d\u2019abord lutt\u00e9\u00a0: elle d\u00e9bordait de compliments et de gentillesse, s\u2019\u00e9chinait \u00e0 le valoriser. Elle se surpassait en cuisine, redoublait de surprises pour vaincre cette routine mortif\u00e8re dont les magazines parlent si souvent. Elle veillait \u00e0 \u00eatre particuli\u00e8rement jolie quand il rentrait. Mais il ne la regardait plus. Tant pis, elle refusait d\u2019accuser le coup. Elle continuait.<br>Il n\u2019y avait rien \u00e0 faire. Elle aurait d\u00fb le savoir. Lorsqu\u2019un virus p\u00e9n\u00e8tre dans un organisme, peu importe sa taille ou la voie d\u2019infection\u00a0: il prolif\u00e8re. Ainsi fit sa jalousie. Elle connaissait la grippe, les rhumes, savait par c\u0153ur les sympt\u00f4mes d\u2019une angine ou d\u2019une otite. Elle apprit alors ce qu\u2019un sentiment peut avoir de commun avec une pathologie. La jalousie la grignotait comme un cancer. Ce crabe d\u00e9vorait ses pens\u00e9es, son temps, la tourmentait aux entrailles, la r\u00e9veillait la nuit. Souffle court, sueur, naus\u00e9es. Quand elle voyait son compagnon sourire devant l\u2019\u00e9cran de son t\u00e9l\u00e9phone, elle se connectait derechef, f\u00e9brile, allait voir si Lili \u00e9tait en ligne aussi. Ce devait \u00eatre elle qui l\u2019avait fait sourire\u00a0! Il avait comment\u00e9 une de ses photos, elle lui avait laiss\u00e9 un smiley. Sur la droite de l\u2019\u00e9cran, il y avait leurs deux noms l\u2019un en dessous de l\u2019autre, suivis par cet horrible petit point vert \u2013 connect\u00e9s\u00a0! &#8211; qui \u00e9tait comme la preuve d\u2019une trahison qu\u2019elle voulait mettre au jour et \u00e0 tout prix.<br>Ou qu\u2019elle \u00e9tait en train d\u2019imaginer\u00a0? Elle devenait folle. Non, il y avait forc\u00e9ment quelque chose. Alors elle sondait les profondeurs vicieuses des r\u00e9seaux sociaux, dans l\u2019espoir malsain de trouver n\u2019importe quoi, quelque chose, qui prouverait qu\u2019elle avait raison.<br>Elle avait tout cach\u00e9 \u00e0 Lili, ayant bien trop honte pour lui r\u00e9v\u00e9ler la n\u00e9vrose qui la rongeait. Quelle humiliation\u2026 Parler, c\u2019est rendre les choses vraies. Elle jouait donc un double-jeu ext\u00e9nuant\u00a0: qui mentait\u00a0? Qui disait vrai\u00a0? Avait-elle raison\u00a0? Son amie ne voyait rien du trouble qui la consumait et Fred\u2026 Fred se barricadait toujours derri\u00e8re ce \u00ab\u00a0tout va bien, ma ch\u00e9rie\u00a0\u00bb qui sonnait si faux\u2026 Mais c\u2019\u00e9tait la seule chose qu\u2019il lui donnait. Lorsque Lili venait \u00e0 la maison, il s\u2019\u00e9clairait, on riait, on buvait, on se changeait les id\u00e9es.<br>\u00a0<br>La cuill\u00e8re monte lentement \u00e0 la bouche de Fred. Un peu de soupe rouge tache la commissure de ses l\u00e8vres. Ses gestes manquent de force, de pr\u00e9cision. Elle regarde ce corps aim\u00e9, priv\u00e9 de sa vitalit\u00e9. Sa maladie a commenc\u00e9 apr\u00e8s la mort de Lili, il y a deux semaines. Cela fait quatre jours qu\u2019il ne peut plus se lever. Il repose le bol sur le plateau, se saisit d\u2019un quartier de mandarine et l\u2019avale sans l\u2019inspecter. Indiff\u00e9rent.<br>\u00a0<br>\u00ab\u00a0Je n\u2019arrive pas \u00e0 croire ce que tu nous as dit, Anna. Je refuse d\u2019y croire\u00a0! Les filles, il faut qu\u2019on en parle\u00a0! \u00bb s\u2019est emport\u00e9e Manon tout \u00e0 l\u2019heure, face au silence g\u00ean\u00e9 de ses amies. La m\u00e8re de Lili a appel\u00e9 Anna la semaine derni\u00e8re. Elle avait enfin trouv\u00e9 le courage d\u2019aller d\u00e9barrasser le studio de sa fille. Elle enfournait dans un sac les papiers laiss\u00e9s en vrac sur le bureau, les yeux embu\u00e9s par les sanglots, lorsqu\u2019une feuille singuli\u00e8re, satur\u00e9e d\u2019encre noire, attira son attention. Sa main aux doigts vernis essuya les larmes. La vision se fit plus nette. Le souffle lui manqua. Une \u00e9chographie. Lili \u00e9tait enceinte de quatre mois.<br>\u00ab\u00a0Comment a-t-elle pu nous cacher \u00e7a\u00a0? Anna, toi qui la voyais souvent, elle avait quelqu\u2019un\u00a0? Pourquoi elle ne nous a rien dit\u00a0?\u00a0\u00bb Manon ne se calmait pas.Anna avait secou\u00e9 la t\u00eate. Les mots refusaient toujours de venir \u00e0 elle et de former une combinaison intelligente, sens\u00e9e au moins, avec laquelle elle aurait pu satisfaire son amie. Mais non. Rien. Le vide. Elle \u00e9tait ailleurs, partie remonter le temps. Elle se trouvait un mois auparavant, dans sa salle de bain. Elle allait faire une machine et triait le linge sale. M\u00e9ticuleuse toujours\u00a0: les couleurs d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le noir et le blanc de l\u2019autre. Elle s\u2019\u00e9tait saisie des sous-v\u00eatements de Fred et avait entrepris de les d\u00e9froisser. Quelque chose s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9 sous l\u2019ongle de son index et l\u2019avait coup\u00e9e, comme peut le faire une feuille de papier. Elle avait alors attrap\u00e9 de l\u2019autre main un long fil, brillant comme le soleil. Un cheveu blond comme les bl\u00e9s.<br>\u00a0<br>Aujourd\u2019hui, les trois amies ont bu et mang\u00e9, autour de questions sans r\u00e9ponse et de soupirs. Elles ont esquiv\u00e9 ce qui \u00e9tait important, ce que leurs regards de chien de fa\u00efence essayaient de dire\u00a0: les trahisons, les secrets, la vie qui ne nous offre aucune certitude, en amour comme en amiti\u00e9.<br>\u00a0<br>Anna continue d\u2019observer l\u2019ombre de Fred dans l\u2019ombre de leur chambre, dans l\u2019ombre de ce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9. Elle se demande s\u2019il sait qu\u2019il allait \u00eatre p\u00e8re. Jusqu\u2019o\u00f9 allaient leurs projets\u00a0? Qu\u2019allaient-ils faire d\u2019elle\u00a0? Une foule de questions se soul\u00e8ve dans un tourbillon effr\u00e9n\u00e9, puis toutes retombent comme les feuilles mortes une fois la bourrasque pass\u00e9e. Peu importe. Elle n\u2019allait pas leur laisser le luxe de d\u00e9cider pour elle. Elle se saisit de la petite soucoupe contenant les g\u00e9lules et les pr\u00e9sente \u00e0 son amour, en poussant vers lui le verre d\u2019eau. \u00ab\u00a0Tu dois te soigner\u00a0\u00bb dit-elle, douce comme toujours. Les m\u00eames g\u00e9lules qu\u2019elle a conseill\u00e9es \u00e0 Lili pour soigner ses migraines, le jour de sa mort. Il avale les comprim\u00e9s un \u00e0 un. La combinaison est diff\u00e9rente cette fois. Cela pourrait \u00e9veiller les soup\u00e7ons si les causes du d\u00e9c\u00e8s \u00e9taient similaires. Anna est m\u00e9ticuleuse, elle y a pens\u00e9.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourtant, c&rsquo;est une revue de cr\u00e9ation litt\u00e9raire et graphique qui vise \u00e0 explorer l&rsquo;humain. 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