{"id":595,"date":"2022-03-30T17:27:16","date_gmt":"2022-03-30T15:27:16","guid":{"rendered":"http:\/\/eleonore-sibourg.fr\/?p=595"},"modified":"2022-03-30T17:29:02","modified_gmt":"2022-03-30T15:29:02","slug":"publication-lorgueil-de-la-maison-disait-baudelaire-dans-le-recueil-du-prix-pampelune-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/2022\/03\/30\/publication-lorgueil-de-la-maison-disait-baudelaire-dans-le-recueil-du-prix-pampelune-2022\/","title":{"rendered":"Publication! \u00ab\u00a0L&rsquo;orgueil de la maison, disait Baudelaire\u00a0\u00bb dans le recueil du Prix Pampelune 2022"},"content":{"rendered":"\n<p>Une publication <strong>papier<\/strong>, cela fait toujours plaisir, parce que c&rsquo;est concret, parce que c&rsquo;est un objet que l&rsquo;on peut toucher, sentir et ranger dans sa biblioth\u00e8que, avec un petit brin de fiert\u00e9 \ud83d\ude42 <\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>Prix Pampelune<\/strong> a s\u00e9lectionn\u00e9 vingt-deux textes. Le recueil est disponible sur toutes les plates-formes. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Regarde par ici &#8211;><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.bod.fr\/librairie\/in-memoriam-christine-borie-9782322251360\">https:\/\/www.bod.fr\/librairie\/in-memoriam-christine-borie-9782322251360<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"721\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/eleonore-sibourg.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/4-couv-Pampelune.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-596\" srcset=\"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/4-couv-Pampelune.jpg 721w, https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/4-couv-Pampelune-211x300.jpg 211w, https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/4-couv-Pampelune-230x327.jpg 230w, https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/4-couv-Pampelune-350x497.jpg 350w, https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/4-couv-Pampelune-480x682.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 721px) 100vw, 721px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Quelques mots sur la nouvelle que j&rsquo;ai \u00e9crite ? Bien s\u00fbr!<strong> Si tu as un chat, tu risques de ne pas l&rsquo;aimer&#8230;<\/strong> Je n&rsquo;y suis pour rien, apr\u00e8s tout, ce n&rsquo;est pas moi qui raconte l&rsquo;histoire, c&rsquo;est un personnage tout \u00e0 fait \u00e9l\u00e9gant et, ma foi, qui a sa propre vision des choses&#8230; Je n&rsquo;en dis pas plus, le texte est \u00e0 lire ci-apr\u00e8s. Bonne lecture! <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00ab&nbsp;L\u2019orgueil de la maison&nbsp;\u00bb, disait Baudelaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La chasse, c\u2019est ce que je pr\u00e9f\u00e8re. Je suis n\u00e9 pour \u00e7a. Il en a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi&nbsp;: nous sommes faits pour tuer. C\u2019est la loi de la nature. Il est plus facile de dire cela quand on se trouve du c\u00f4t\u00e9 des pr\u00e9dateurs. Je le conc\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p>La nature est tr\u00e8s belle aujourd\u2019hui. Une brise l\u00e9g\u00e8re fait danser le feuillage des arbres. Les flaques de soleil flottent tranquillement sur l\u2019herbe. Je m\u2019en fous compl\u00e8tement. Mon plaisir est ailleurs&nbsp;: je suis \u00e0 l\u2019aff\u00fbt. Pour ce genre de divertissement, je suis d\u2019une infinie patience. J\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 un jeune li\u00e8vre qui a fait du taillis pr\u00e8s duquel je suis post\u00e9, son refuge. Il s\u2019y croit \u00e0 l\u2019abri. Il a raison. Mais quand il va sortir, je serai l\u00e0. Il y a quelques semaines \u00e0 peine, il \u00e9tait encore dans le ventre de sa m\u00e8re. Il n\u2019a pas eu le temps d\u2019apprendre la vigilance n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de son esp\u00e8ce. La hase, c\u2019est une autre histoire. Quand je la vois, c\u2019est de loin, furtivement. On ne la lui fait pas, \u00e0 elle. Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019elle disperse ses petits. Elle sait que je vais venir les traquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil d\u00e9cline depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. Je n\u2019ai pas boug\u00e9 d\u2019un poil. La chasse est un art et je le ma\u00eetrise \u00e0 la perfection. Soudain, des feuilles craqu\u00e8lent. Des branches s\u2019agitent. Je le vois&nbsp;: un petit nez fr\u00e9missant pointe \u00e0 travers les ronces. Allez viens, n\u2019aie pas peur&nbsp;! Voici que le temps commence \u00e0 se resserrer. Mes muscles se sont raidis sans que je ne m\u2019en aper\u00e7oive. Le r\u00e9flexe. Le levraut s\u2019avance encore un peu. Son regard embrasse le sous-bois. Il n\u2019est pas tout \u00e0 fait \u00e0 d\u00e9couvert. C\u2019est le moment que je pr\u00e9f\u00e8re, quand je sais qu\u2019il ne reste que quelques secondes. Ce sont les plus d\u00e9licieuses en r\u00e9alit\u00e9. M\u00eame la mise \u00e0 mort de ma proie n\u2019est pas aussi d\u00e9lectable, elle ne fait que sanctifier cet instant qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Il avance encore, se redresse, de plus en plus confiant. Ses oreilles de velours \u00e9coutent le silence tra\u00eetre qui lui cache ma pr\u00e9sence. L\u2019arrogance de la jeunesse. \u00c7a y est.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un ressort, je jaillis de l\u2019herbe. Mes griffes ac\u00e9r\u00e9es se plantent dans sa fourrure. Il couine, terroris\u00e9, mais d\u00e9j\u00e0 ma m\u00e2choire se referme sur sa nuque. Briser les vert\u00e8bres cervicales, c\u2019est mon truc. J\u2019entends le craquement des os. Ils sont tendres encore, \u00e0 cet \u00e2ge. Le go\u00fbt du sang me remonte sur les babines. Je desserre mon \u00e9tau. Le levraut est pris de soubresauts. Ses cris s\u2019affaiblissent. Je lui donne quelques coups de patte puis, lass\u00e9 d\u00e9j\u00e0, je m\u2019\u00e9loigne, abandonnant l\u2019animal \u00e0 son agonie. Je ne tue pas pour me nourrir, non. Moi, je tue pour mon plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il est agr\u00e9able de trottiner apr\u00e8s avoir pass\u00e9 des heures sans bouger&nbsp;! Tout mon corps se d\u00e9lie dans la ti\u00e9deur de fin d\u2018apr\u00e8s-midi. J\u2019entends Laure qui m\u2019appelle. Cela me donne faim. L\u2019habitude. Je passe sous la haie pour retrouver mon jardin. Elle est sur la terrasse. D\u00e8s qu\u2019elle me voit, son visage s\u2019\u00e9claircit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais o\u00f9 \u00e9tais-tu pass\u00e9&nbsp;? Je me suis inqui\u00e9t\u00e9e&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je file entre ses jambes sans m\u2019attarder \u00e0 la caresse. Direction la gamelle. Oui, je suis servi. Elle me rejoint et s\u2019accroupit. Elle me regarde manger sans me d\u00e9ranger, le sourire aux l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>Une question me taraude. Elle revient me titiller les moustaches en ce moment-m\u00eame. Les m\u00e9canismes de la nature, je les connais. Ceci m\u2019\u00e9chappe&nbsp;: pourquoi les humains nous aiment-ils tant, nous les chats&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je termine mon repas et m\u2019installe sur la terrasse. Les planches en bois, frapp\u00e9es de longues heures par le soleil, regorgent de chaleur. Je m\u2019allonge et plisse les yeux. Le temps de la digestion, c\u2019est aussi celui de la m\u00e9ditation.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes devenus l\u2019animal de compagnie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des humains. Treize millions en France, para\u00eet-il. Et encore, je parle des \u00ab&nbsp;domestiques&nbsp;\u00bb. C\u2019est sans compter ceux d\u2019entre nous qui sont retourn\u00e9s \u00e0 la vie sauvage. Moi-m\u00eame, je joue dans l\u2019entre-deux. Je passe l\u2019essentiel de mon temps dehors, \u00e0 chasser. Je traque les campagnols, les musaraignes, les l\u00e9zards, les libellules, les grenouilles\u2026 Enfin, tout ce qui est \u00e0 ma port\u00e9e. Je ne vous parle pas des oiseaux&nbsp;! Cela fait belle lurette que l\u2019on n\u2019a pas vu, par ici, chanter une m\u00e9sange ou nicher une hirondelle. D\u2019autant que je ne suis pas le seul dans le coin, \u00e0 d\u00e9cimer le territoire. Nous sommes l\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que, lorsque je ram\u00e8ne une proie dans le jardin, Laure n\u2019a pas l\u2019air horrifi\u00e9e. Elle qui s\u2019\u00e9merveille des bourgeons au printemps, qui ne tuerait pas une mouche &#8211; \u00ab&nbsp;elle a autant le droit de vivre que moi \u00bb, l\u2019ai-je entendu dire, une fois \u2013 eh bien elle me regarde, et me gronde gentiment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vilain&nbsp;! Tu as encore tu\u00e9 un h\u00e9risson&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Que ce soit un moineau ou un \u00e9cureuil, c\u2019est du pareil au m\u00eame. J\u2019ai fait le test. Elle ramasse l\u2019animal, les l\u00e8vres pinc\u00e9es, pour aller le jeter. C\u2019est tout. Elle ferme les yeux sur mes massacres et s\u2019\u00e9meut, sur internet, devant des photos de chatons. Cocasse.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien cela qui me turlupine. Les humains tol\u00e8rent nos absences, nos troph\u00e9es, notre indiff\u00e9rence, notre cruaut\u00e9. Ils accepteraient tous les coups de griffe contre une minute de ronronnement. Qui, para\u00eet-il, aurait un effet \u00ab&nbsp;th\u00e9rapeutique&nbsp;\u00bb. Il n\u2019emp\u00eache, s\u2019ils n\u2019avaient besoin que d\u2019amour, ils prendraient un chien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le meilleur ami de l\u2019homme. Tout son univers gravite autour de son ma\u00eetre. A-t-on jamais vu race plus servile&nbsp;? De tous les animaux, c\u2019est celui qui a nou\u00e9 les relations les plus \u00e9troites avec l\u2019humain. On l\u2019assigne \u00e0 une fonction, il s\u2019y tient sa vie durant. Chien de garde, de berger, d\u2019aveugle. Chien de chasse, policier. Je ne connais pas de punk \u00e0 chat. Je ne verrai jamais l\u2019un de mes cong\u00e9n\u00e8res rester fid\u00e8lement aux pieds d\u2019un sans-abri, sans lui faillir. Il n\u2019y a bien que le chien pour aimer un humain malgr\u00e9 sa crasse et son d\u00e9nuement. Non, ce n\u2019est pas uniquement par amour que l\u2019on nous adopte. Ce doit \u00eatre autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve et m\u2019\u00e9tire. Ce levraut sentait fort. Son odeur et ses poils impr\u00e8gnent ma fourrure. C\u2019est l\u2019heure de la toilette.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux chiens, nos relations avec les hommes ont \u00e9t\u00e9 plus que mouvement\u00e9es. Nous \u00e9tions momifi\u00e9s en \u00c9gypte&nbsp;! Bastet, notre d\u00e9esse, \u00e9tait r\u00e9v\u00e9r\u00e9e pour sa figure f\u00e9line, car nous prenons, para\u00eet-il, \u00ab&nbsp;en songeant les nobles attitudes des grands sphinx allong\u00e9s au fond des solitudes&nbsp;\u00bb. \u00c9l\u00e9gant. Mais gare \u00e0 la versatilit\u00e9 de la roue de la fortune&nbsp;! Il fut un pape, au Moyen-\u00c2ge, qui nous d\u00e9clara supp\u00f4ts de Satan. Attribut des sorci\u00e8res, mes anc\u00eatres ont souvent connu leur sort. Combien d\u2019entre nous ont br\u00fbl\u00e9 dans des paniers suspendus au-dessus des feux de la Saint-Jean&nbsp;! D\u2019y penser, mes moustaches en fr\u00e9missent.&nbsp; La cr\u00e9ature la plus intelligente de la plan\u00e8te, aujourd\u2019hui encore, peut trembler au passage d\u2019un chat noir. Stup\u00e9fiant. Heureusement, je suis roux. Peut-\u00eatre est-ce pour cette raison que nous gardons nos distances envers le genre humain. Nous nous souvenons. Une histoire d\u2019amour, pourquoi pas, mais surtout de haine, et de d\u00e9votion.<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re s\u2019est invers\u00e9e. Je quitte l\u2019obscurit\u00e9 du dehors pour rejoindre Laure dans le salon chaudement \u00e9clair\u00e9. \u00ab Viens pr\u00e8s de moi, vieux matou&nbsp;!&nbsp;\u00bb Oui,&nbsp;j\u2019ai bien envie de me faire caresser. Je grimpe sur ses genoux, les p\u00e9tris de mes pattes. Elle aime quand je fais \u00e7a. Je m\u2019installe.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, pourquoi les humains nous prisent-ils tant, aujourd\u2019hui&nbsp;? Soyons pragmatique&nbsp;: le chat est un animal facile \u00e0 vivre. Moins encombrant qu\u2019un chien, moins sale. L\u2019\u00e9poque est \u00e0 l\u2019hygi\u00e9nisme. Je regarde ma douce Laure. Ses yeux sont riv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision, mais sa main continue de me caresser. Pour combler la solitude aussi, sans doute. Mais encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 d\u00e9ploie ses catastrophes. Je vois d\u00e9filer des images d\u2019explosions o\u00f9 les flammes succ\u00e8dent aux larmes d\u2019un enfant. Puis c\u2019est un ouragan qui ravage un littoral, quelque part, jouant avec les voitures et les maisons. Les flammes reviennent, d\u00e9vorant une vaste for\u00eat d\u2019eucalyptus. La cam\u00e9ra zoome sur un koala au pelage grill\u00e9. Je me demande quel go\u00fbt peut bien avoir cette bestiole. Le corps de Laure se met \u00e0 trembler. Je rel\u00e8ve la t\u00eate. Ses yeux sont mouill\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quelle horreur\u2026&nbsp;\u00bb, dit-elle dans un murmure. Elle me serre contre elle. Je n\u2019aime pas \u00e7a. Je miaule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pardon mon minet\u2026 Je n\u2019en peux plus de cette violence. Elle est partout. Que penses-tu de tout \u00e7a, toi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je la regarde encore. Elle me parle souvent. C\u2019est habituel. Mais parfois, j\u2019ai l\u2019impression que, l\u2019espace d\u2019une seconde, elle attend vraiment une r\u00e9ponse. Comme si je savais des choses qu\u2019elle ignore. Pourquoi ceux de mon esp\u00e8ce suscitent-ils un tel fantasme&nbsp;?&nbsp; Sont-ce nos \u00ab&nbsp;prunelles mystiques&nbsp;\u00bb qui, \u00e0 la faveur de l\u2019obscurit\u00e9, brillent dans le noir&nbsp;? Quel est ce sixi\u00e8me sens dont ils parlent tant&nbsp;? Et ces neuf vies dont nous serions les d\u00e9positaires&nbsp;? Quelles dr\u00f4les d\u2019id\u00e9es. Il n\u2019y a que cette vie qui m\u2019int\u00e9resse. C\u2019est la seule o\u00f9 je peux dormir, manger et chasser.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que les humains sont particuli\u00e8rement r\u00e9put\u00e9s pour se poser tout un tas de questions. \u00c9prouvons-nous un attachement r\u00e9el pour eux ? Ou bien sommes-nous de vils opportunistes, comme Laure me le dit parfois avec un sourire chagrin&nbsp;? Un peu des deux, j\u2019imagine. Je ne m\u2019interroge pas \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute cela qui les retient&nbsp;: ils ne savent pas. Ils butent sur la r\u00e9ponse. Fascin\u00e9s, ils ruminent notre cas particulier. Oui, c\u2019est cela&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes fascinants. \u00c0 l\u2019image de nos cousins, lynx et panth\u00e8re, notre coup de griffe est pr\u00e9cis. Ac\u00e9r\u00e9. Comme eux, nous sommes sauvages. Et pourtant, nous tol\u00e9rons des ma\u00eetres. C\u2019est l\u00e0 tout le miracle de mes pattes : une fois rentr\u00e9s les fins couperets, elles redeviennent velours.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019est-ce pas ce que les hommes admirent ? Je rentre d\u2019une exp\u00e9dition nocturne. Ce que j\u2019ai fait, personne ne le saura. Ce qui est visible, c\u2019est ceci&nbsp;: ma d\u00e9marche f\u00e9line et mon agilit\u00e9 silencieuse qui suscitent tant de regards extasi\u00e9s. Le roulis de mes omoplates, la douceur de mes coussinets. Je suis le symbole de la distinction. Me voici redevenu un chat civilis\u00e9&nbsp;: je ne me goinfre pas comme un chien, non, je d\u00e9guste. D\u00e8s la fin de mon repas, j\u2019use de mes pattes comme le bourgeois de sa serviette&nbsp;: je m\u2019applique \u00e0 nettoyer ma moustache. On me pr\u00eate des app\u00e9tences aristocrates, une \u00e9l\u00e9gance de \u00ab&nbsp;caract\u00e8re&nbsp;\u00bb. Les bip\u00e8des auraient-ils la nostalgie de la noblesse&nbsp;? Ce serait oublier les chats de goutti\u00e8re&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nous cultivons cette double-nature. Mais\u2026 Les hommes ne font pas autre chose. Quelle autre esp\u00e8ce conjugue, comme nous le faisons, le raffinement et la barbarie&nbsp;? Les humains partout ont prolif\u00e9r\u00e9, ab\u00eemant sur leur passage une nature qu\u2019ils pleurent aujourd\u2019hui Alors, faute de mieux, ils prennent un chat&nbsp;: parcelle de sauvage qu\u2019ils retrouveront lov\u00e9e le soir, sur leur canap\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Achet\u00e9s, \u00e9lev\u00e9s, reproduits, abandonn\u00e9s, oubli\u00e9s, nous glissons malgr\u00e9 tout \u00e0 pas feutr\u00e9s dans leur ombre. Reproduisant, \u00e0 notre \u00e9chelle, les m\u00eames carnages. Je vois maintenant \u00e0 quel point nous sommes intimement li\u00e9s. C\u2019est peut-\u00eatre cela, la r\u00e9ponse. \u00c0 une diff\u00e9rence pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve. La nuit m\u2019appelle. Je miaule devant la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu t\u2019en fiches pas mal, hein&nbsp;?&nbsp;\u00bb, me dit Laure, du reproche dans la voix. Elle se l\u00e8ve tout de m\u00eame. Elle me conna\u00eet. \u00ab&nbsp;\u00c0 demain vieux briscard&nbsp;\u00bb. Elle me gratte sous le menton. Je quitte mon habit de chat domestique pour rev\u00eatir pleinement ma nature sauvage. Je pars \u00e0 la chasse.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit est \u00e0 moi. Une brise fra\u00eeche fait danser mes moustaches. Quelle sera ma proie ce soir&nbsp;? C\u2019est sans doute cela, oui, ce fameux d\u00e9tail qui nous s\u00e9pare. Peut-\u00eatre que ceux qui nous poss\u00e8dent nous aiment. Je pense surtout qu\u2019ils nous envient. Je n\u2019ai nulle contrainte, nul devoir. Je ne me soucie pas de ma double nature&nbsp;: je la vis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et si l\u2019on prenait un chat&nbsp;?&nbsp;\u00bb Avouez-le, bip\u00e8des, vous voulez prendre possession de notre myst\u00e8re. Vous d\u00e9sirez \u00eatre anoblis. Et peut-\u00eatre esp\u00e9rez-vous, en vivant \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, devenir comme nous&nbsp;: des \u00eatres doubles, raffin\u00e9s, mais d\u00e9nu\u00e9s de culpabilit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une publication papier, cela fait toujours plaisir, parce que c&rsquo;est concret, parce que c&rsquo;est un objet que l&rsquo;on peut toucher, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":597,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,4],"tags":[],"class_list":["post-595","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/595"}],"collection":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=595"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/595\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":599,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/595\/revisions\/599"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/597"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=595"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=595"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=595"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}