{"id":622,"date":"2024-06-11T20:15:44","date_gmt":"2024-06-11T18:15:44","guid":{"rendered":"http:\/\/eleonore-sibourg.fr\/?p=622"},"modified":"2024-06-12T15:13:27","modified_gmt":"2024-06-12T13:13:27","slug":"mortelles-publie-dans-le-n81-de-la-revue-galaxies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/eleonore-sibourg.fr\/index.php\/2024\/06\/11\/mortelles-publie-dans-le-n81-de-la-revue-galaxies\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Mortel\u00b7le\u00b7s\u00a0\u00bb publi\u00e9 dans le n\u00b081 de la revue Galaxies!"},"content":{"rendered":"\n<p>Voil\u00e0 qui fait plaisir &#8230;  Surtout que le dossier th\u00e9matique associ\u00e9 n&rsquo;est pas fait pour me d\u00e9plaire. <\/p>\n\n\n\n<p>Et pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, je vous laisse d\u00e9couvrir ci-dessous cette<strong> nouvelle d&rsquo;anticipation.<\/strong> On y retrouve l&rsquo;esprit <em><strong>Black Mirror<\/strong><\/em> mais saupoudr\u00e9 d&rsquo;<strong>humour<\/strong>. Et promis, on n&rsquo;a pas envie de se jeter par la fen\u00eatre \u00e0 la fin. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avenir est sombre mais il y a du bon dans ce monde, il faut se battre pour cela&#8230; dixit Sam Gamegie. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>MORTEL\u00b7LE\u00b7S<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Seul au milieu du pont, loin des lumi\u00e8res de la ville, il se rendait compte que la nuit \u00e9tait d\u2019un noir d\u2019encre. \u00c0 ses pieds le fleuve roulait sa masse sombre et huileuse. Les reflets des lampadaires faisaient briller sa surface par endroits, r\u00e9v\u00e9lant des \u00e9cailles luisantes. L\u2019eau court plus vite que le temps, non&nbsp;? pensa-t-il. Alors il escalada le parapet, r\u00e9solu \u00e0 en finir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Redescends tout de suite, p\u2019tit con&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La voix rocailleuse le figea sur place. Il tourna la t\u00eate vers la forme sombre qui se tenait derri\u00e8re lui.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u2014 Foutez-moi la paix&nbsp;! r\u00e9pondit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>La silhouette extirpa du sac \u00e0 dos \u00e0 ses pieds une carabine et le mit en joue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Descends ou je t\u2019explose la cervelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Son c\u0153ur se mit \u00e0 tambouriner. Il s\u2019ex\u00e9cuta puis leva haut les mains, comme dans les films. La femme se mit \u00e0 sourire et visa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 T\u2019as l\u2019air bien accroch\u00e9 \u00e0 la vie pour quelqu\u2019un qui veut mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors elle appuya sur la g\u00e2chette.<\/p>\n\n\n\n<p>Une cartouche en mousse le percuta au front.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Encore dans le mille&nbsp;! J\u2019ai rat\u00e9 une carri\u00e8re dans l\u2019arm\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle riait&nbsp;! Elle riait&nbsp;tant et si bien qu\u2019une crise de toux la saisit. La stupeur pass\u00e9e, il s\u2019\u00e9cria&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais vous \u00eates compl\u00e8tement folle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Elle rangea la carabine dans son sac et lan\u00e7a :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Parce que le monde est raisonnable&nbsp;? Allez viens, je t\u2019invite \u00e0 boire un verre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle lui tendit la main.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Marianne. Et toi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pago, r\u00e9pondit-il, h\u00e9sitant encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Marianne \u00e9clata d\u2019un rire sonore, ce genre de rire qui recouvre tout sur son passage, comme un pot de peinture tomb\u00e9 d\u2019un \u00e9chafaudage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comme les jus de fruits&nbsp;? Alors l\u00e0, faudra que tu me pr\u00e9sentes tes parents&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi il la suivit, il ne le sait toujours pas aujourd\u2019hui. Comme dans toutes les villes tentaculaires, certaines rues ne dorment jamais. Ils march\u00e8rent en silence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019une d\u2019elles. Marianne s\u2019arr\u00eata enfin sous une enseigne estampill\u00e9e \u00ab&nbsp;Asian Food&nbsp;\u00bb. Un carillon tinta lorsqu\u2019ils entr\u00e8rent. Il adorait les cloches.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques tables, une atmosph\u00e8re charg\u00e9e de vapeur et d\u2019\u00e9pices. Une dame \u00e2g\u00e9e vint prendre leur commande.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Une Tsingtao s\u2019il vous pla\u00eet. Et toi, Jus de fruits, tu prends quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pareil, grommela Pago.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh, et rajoutez des insectes en Tempura s\u2019il vous pla\u00eet, ils sont d\u00e9licieux&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ils rest\u00e8rent muets jusqu\u2019\u00e0 ce que la serveuse apporte leur commande. Les insectes, dor\u00e9s \u00e0 souhait, fumaient dans une chaleur bienvenue. Marianne respira profond\u00e9ment, les yeux ferm\u00e9s, avant de saisir un criquet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les plaisirs simples&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle croquait d\u00e9licatement, des miettes de panure accroch\u00e9es aux l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il y a des choses qui ne changent jamais, c\u2019est r\u00e9confortant. Sers-toi, gamin.<\/p>\n\n\n\n<p>Pago attrapa une araign\u00e9e et dit, la voix teint\u00e9e d\u2019ironie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous n\u2019aimez pas les temps modernes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00d4 tempura&nbsp;! \u00d4 mores&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fut la seule \u00e0 s\u2019esclaffer. Au-dessus de leur t\u00eate, un \u00e9cran d\u00e9roulait des actualit\u00e9s en continu. Elle reprit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Alors, pourquoi tu voulais te foutre en l\u2019air&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019ai pas envie d\u2019en parler. &nbsp;Et vous, qu\u2019est-ce que vous faisiez l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Brigade anti-suicide. Je patrouillais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous mentez. Ils ont des gilets jaunes. Et puis c\u2019est quoi cette fa\u00e7on de braquer les gens, \u00e7a vous fait rire de terroriser ceux qui sont \u00e0 bout&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 T\u2019es \u00e0 bout&nbsp;? dit-elle dans un sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avala une gorg\u00e9e de bi\u00e8re. Ses doigts se crisp\u00e8rent sur la bouteille.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a vous fait rire&nbsp;? &nbsp;Non mais regardez le monde dans lequel on vit&nbsp;! La R\u00e9volution \u00e9tait cens\u00e9e nous apporter le bonheur&nbsp;! R\u00e9sultat, il n\u2019y a jamais eu autant de gens qui veulent en finir&nbsp;! Plus rien n\u2019a de sens&nbsp;! RIEN&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait vrai. Cinq ans plus t\u00f4t \u2013 un deux avril \u2013 les m\u00e9dias annon\u00e7aient, dans une extase unanime, que l\u2019humanit\u00e9 avait enfin vaincu la mort. Des scientifiques avaient mis au point une m\u00e9thode capable de ramener \u00e0 la vie les tr\u00e9pass\u00e9s. Ils appelaient cela la n\u00e9crogen\u00e8se. Il n\u2019y avait qu\u2019une seule et unique condition \u00e0 respecter&nbsp;: agir dans un d\u00e9lai de deux heures apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s. Pass\u00e9 ce laps de temps crucial, la rigidit\u00e9 cadav\u00e9rique endommageait les tissus et il \u00e9tait trop tard. Apr\u00e8s avoir relanc\u00e9 le c\u0153ur, on implantait une micro puce sur l\u2019aorte coronarienne. Le tour \u00e9tait jou\u00e9. L\u2019op\u00e9ration laissait sur la poitrine du ressuscit\u00e9 une tache noire et circulaire, stigmate terrifiant des progr\u00e8s de la m\u00e9decine moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>La raison paralys\u00e9e par l\u2019euphorie, on avait alors ressuscit\u00e9 \u00e0 tour de bras, au grand dam des religieux, des philosophes et des zadistes. Mais que pouvaient les d\u00e9fenseurs de Dieu, de l\u2019\u00e9thique et de la plan\u00e8te face \u00e0 cette d\u00e9couverte&nbsp;? Depuis longtemps, la mort \u00e9tait per\u00e7ue comme une maladie incurable. Il y avait enfin un rem\u00e8de. On ne prit conscience que trop tard des cons\u00e9quences de la R\u00e9volution sur la soci\u00e9t\u00e9. Et elles \u00e9taient d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019injonction \u00e0 vivre \u00e9tait si forte qu\u2019on ressuscitait les vieillards moribonds aussit\u00f4t le dernier souffle rendu. La n\u00e9crogen\u00e8se n\u2019avait rien d\u2019une fontaine de jouvence&nbsp;: prisonniers de leurs corps amoindris, ils \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019assistance m\u00e9dicale et aux divertissements du dimanche dont l\u2019animateur, lui-m\u00eame fra\u00eechement ressuscit\u00e9, devait assurer une p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9ternelle. On ramenait sans r\u00e9fl\u00e9chir les pervers, les parents tyranniques et les oncles fascistes. \u00c0 l\u2019approche de No\u00ebl, la consommation d\u2019anxiolytiques atteignait d\u00e9sormais des pics inqui\u00e9tants.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation n\u2019\u00e9tait pas meilleure \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;: on avait vu la fameuse tache noire orner le torse de dictateurs qui annon\u00e7aient \u00e0 des peuples constern\u00e9s qu\u2019ils garderaient le pouvoir pour toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>La contestation \u00e9tait difficile, le tabou li\u00e9 \u00e0 la mort, puissant. L\u2019ONU avait cr\u00e9\u00e9 un comit\u00e9 pour g\u00e9rer ces d\u00e9convenues et le vide juridique qui faisait leur lit&nbsp;: l\u2019Organisation Mondiale de l\u2019\u00c9tude des Ressuscit\u00e9s Tout Azimut. L\u2019OMERTA avait pour mission de r\u00e9glementer la n\u00e9crogen\u00e8se. Ses conclusions ont jusqu\u2019ici \u00e9t\u00e9 gard\u00e9es secr\u00e8tes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait pourtant les cons\u00e9quences \u00e0 long terme, que nul n\u2019avait anticip\u00e9es, qui mena\u00e7aient d\u00e9sormais la soci\u00e9t\u00e9 dans ses fondations. Le premier si\u00e8cle du deuxi\u00e8me mill\u00e9naire avait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 au sceau de l\u2019urgence. Il fallait faire vite, se presser. On chronom\u00e9trait ses activit\u00e9s entre deux <em>burn-out<\/em>, courant d\u2018une obligation \u00e0 l\u2019autre. Cet \u00e9tat de fatigue extr\u00eame fit le jeu de la n\u00e9crogen\u00e8se. Tuer la mort, n\u2019\u00e9tait-ce pas gagner le temps qui nous manquait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, pourquoi se tourmenter&nbsp;? On avait le temps&nbsp;! Manger mieux, se mettre au sport, lire ou m\u00eame <em>\u00e9crire <\/em>un livre, changer de travail, prendre rendez-vous\u2026 Pourquoi se presser&nbsp;? <em>On avait le temps.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humanit\u00e9, en pleine r\u00e9gression, pr\u00e9sentait tous les sympt\u00f4mes de cet \u00e9tat caract\u00e9ris\u00e9 par la procrastination et l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 se projeter&nbsp;: l\u2019adolescence. Les yeux \u00e9carquill\u00e9s devant la saison 48 d\u2019une s\u00e9rie ultraviolente,&nbsp; on se gavait de sucre, de gras et d\u2019alcool. Qu\u2019est-ce que cela pouvait bien faire&nbsp;? Et ceux qui \u00e9taient conscients du probl\u00e8me se disaient qu\u2019ils s\u2019en occuperaient\u2026 plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>La mort \u00e9tait l\u2019horizon de chaque vie depuis toujours. Depuis la Grande R\u00e9volution, les cartes avaient \u00e9t\u00e9 rebattues. Outre la cat\u00e9gorie de personnes qui vivait d\u00e9sormais dans un pr\u00e9sent sans lendemain, il y avait les autres. Les malchanceux. Ceux pour qui la vie n\u2019avait plus de sens, c\u2019est-\u00e0-dire de signification <em>et <\/em>de direction. L\u2019angoisse de vivre s\u2019\u00e9tait substitu\u00e9e \u00e0 l\u2019angoisse de mourir. En toute logique, les suicides avaient bondi de 1800% depuis l\u2019apparition de la n\u00e9crogen\u00e8se. Si l\u2019on avait, d\u2019une certaine fa\u00e7on, supprim\u00e9 la mort, on ne savait toujours pas comment tuer le temps. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce que ressentait Pago et ce qu\u2019il cherchait \u00e0 expliquer \u00e0 Marianne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous pouvez me dire \u00e0 quoi \u00e7a sert de se lever le matin&nbsp;? M\u00eame ma petite s\u0153ur ne fait plus ses devoirs&nbsp;! \u00ab&nbsp; Y a le temps&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;on verra demain&nbsp;\u00bb&nbsp;! Mais tous les jours c\u2019est la m\u00eame chose&nbsp;! Au boulot, dans ma famille, je vois \u00e7a partout, \u00e7a me tue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Enfin une note d\u2019humour&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pago sourit cette fois-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La plupart du temps, je suis d\u00e9prim\u00e9, pas suicidaire. Le monde est violent, injuste\u2026 Mais ne pas trouver de <em>sens<\/em> \u00e0 sa vie, c\u2019est trop dur. Et ce sentiment ne me quitte plus. Le pire, c\u2019est la nuit. Tout s\u2019amplifie. Vous savez, j\u2019ai appel\u00e9 <em>SOS Suicides<\/em> ce soir avant de me d\u00e9cider.<\/p>\n\n\n\n<p>Il laissa \u00e9chapper un \u00e9clat de rire sardonique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a va vous plaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu pourrais me tutoyer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pago s\u2019\u00e9claircit la voix et redressa le buste :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00ab&nbsp;Bienvenue sur SOS Suicides&nbsp;! Ce service est offert par le gouvernement. Notre priorit\u00e9&nbsp;? Votre sant\u00e9&nbsp;! Pour \u00e9couter la blague du jour, tapez 1. Pour d\u00e9couvrir la pens\u00e9e positive du jour, tapez 2. Pour se renseigner sur les cons\u00e9quences dramatiques d\u2019une tentative de suicide (pensez \u00e0 vos proches), tapez 3. Pour d\u00e9couvrir \u00e0 quel point vous \u00eates unique, tapez 4. Pour parler \u00e0 un conseiller, tapez 5.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Marianne avait ouvert des yeux tout ronds&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est pas vrai&nbsp;! Punaise, il faut que j\u2019essaie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Attends, c\u2019est pas fini&nbsp;! J\u2019ai tap\u00e9 5. \u00ab&nbsp;Nos lignes sont toutes occup\u00e9es. Votre temps d\u2019attente est estim\u00e9 \u00e0 140 minutes.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mortel&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Exactement. J\u2019ai pris mon manteau et je suis sorti.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Et tu n\u2019as crois\u00e9 aucune patrouille anti-suicide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, juste une tar\u00e9e avec un fusil factice. \u00c0 ton tour d\u2019ailleurs, de m\u2019expliquer ce que tu faisais dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle eut un sourire myst\u00e9rieux. Ses yeux se stri\u00e8rent aux coins de cette multitude de rides qui fait le charme de l\u2019\u00e2ge m\u00fbr. Elle lissa de la main sa chevelure rebelle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 T\u2019as raison, Jus de fruits\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u2026 Pago.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 On a besoin de sens, de signification, sinon on va dans le mur. Regarde-moi \u00e7a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle d\u00e9signa du menton l\u2019\u00e9cran au-dessus de leurs t\u00eates. Il s\u2018agissait d\u2019un \u00e9pisode de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 au succ\u00e8s triomphal. Et pour cause. Deux \u00e9quipes, dont on suivait l\u2019entra\u00eenement militaire au quotidien, \u00e9taient amen\u00e9es \u00e0 s\u2019affronter en direct chaque samedi. Ils \u00e9taient l\u00e2ch\u00e9s dans une ar\u00e8ne inspir\u00e9e des jeux vid\u00e9o. Les armes \u00e9taient diff\u00e9rentes d\u2019une semaine sur l\u2019autre&nbsp;: couteau, arbal\u00e8te, sabre, shuriken, fusil \u00e0 pompe\u2026 Le but, en revanche, ne variait jamais&nbsp;: \u00e9liminer les autres. Y aurait-il des alliances&nbsp;? Des trahisons&nbsp;? Le suspense \u00e9tait insoutenable. Dans les coulisses, des \u00e9quipes m\u00e9dicales attendaient, pr\u00eates \u00e0 ressusciter ceux qui perdaient la vie. En termes d\u2019effet de r\u00e9el, il n\u2019y avait pas mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu sais, c\u2019est plut\u00f4t sain de vouloir se foutre en l\u2019air quand on voit des trucs pareils, continua Marianne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu ne m\u2019as toujours pas r\u00e9pondu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bon, il commence \u00e0 se faire tard. Je vais rentrer, dit-elle en baillant.<\/p>\n\n\n\n<p>Pago se vexa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu fais quoi demain soir, gamin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est que j\u2019avais pas grand-chose au programme \u00e0 partir de cette nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Retrouve-moi sur le pont alors, \u00e0 deux heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ajusta son sac \u00e0 dos et partit sans se retourner. De l\u2019ouverture d\u00e9passait le canon de la carabine. La serveuse apporta \u00e0 Pago une soucoupe. Marianne n\u2019avait pas r\u00e9gl\u00e9 l\u2019addition.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit suivante, il l\u2019attendait, une sensation \u00e9trange accroch\u00e9e \u00e0 ses pens\u00e9es. C\u2019\u00e9tait le m\u00eame endroit, la m\u00eame heure. Et pourtant, les choses \u00e9taient diff\u00e9rentes. Il fallait bien s\u2019y r\u00e9soudre&nbsp;: le temps avait pass\u00e9. Hier, ses certitudes avaient la clart\u00e9 du d\u00e9sespoir. Il allait sauter. Et parce qu\u2019il avait pris cette d\u00e9cision, parce que le temps lui \u00e9tait compt\u00e9, la vie avait retrouv\u00e9\u2026 Comment le d\u00e9finir&nbsp;? Une sinc\u00e9rit\u00e9, une intensit\u00e9&nbsp;? Puis Marianne l\u2019avait surpris, dans tous les sens du terme. Et ce soir\u2026 Ce soir il l\u2019attendait, la tristesse au c\u0153ur. Il avait peur d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7u. L\u2019espoir a souvent un dr\u00f4le de go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle finit par arriver, les cheveux fous et le rire prompt comme si la vie \u00e9tait une blague.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu as presque une heure de retard&nbsp;! grogna Pago.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est bon, <em>on a le temps<\/em>, ironisa Marianne.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Elle le prit par le bras. Ils quitt\u00e8rent le pont et s\u2019enfonc\u00e8rent dans le labyrinthe des ruelles. Pago regardait les ombres chavirer sur leur passage. Les r\u00e9verb\u00e8res \u00e9taient de pauvres sentinelles, trop fr\u00eales pour lutter contre l\u2019obscurit\u00e9. Ils d\u00e9bouch\u00e8rent sur une place coinc\u00e9e entre des tours. Marianne se planta face \u00e0 un mur. Elle sortit une torche et le balaya de son faisceau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a m\u2019a l\u2019air pas mal. Tiens-moi \u00e7a, lui dit-elle en lui tendant la lampe. Tu vas m\u2019aider.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle fouilla encore dans son grand sac. Pago aper\u00e7ut le canon de la carabine. Il se demanda soudain ce qu\u2019il faisait l\u00e0. Une bombe de peinture fit son apparition.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Au boulot&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle tra\u00e7a sur le mur de grandes lettres rouges que Pago \u00e9clairait successivement. Pendant quelques secondes, on n\u2019entendit que le souffle de la peinture interrompu par les va-et-vient de la bille \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bombe. Quand elle eut fini, elle vint se placer \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour observer le r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MORTEL\u00b7LE\u00b7S<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019est-ce que t\u2019en penses&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pago n\u2019en revenait pas. Il avait d\u00e9j\u00e0 vu ce graffiti des centaines de fois. On le retrouvait du nord au sud, dans les quartiers chics ou populaires, en petit ou en grand mais toujours, toujours en lettres sanglantes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu\u2026 C\u2019est toi qui les as tous faits&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne dors pas la nuit, j\u2019ai le temps&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019y crois pas\u2026 J\u2019imaginais pas du tout quelqu\u2019un comme toi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;? demanda-t-elle, suspicieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a sentait le pi\u00e8ge. Il tomba en plein dedans.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ben\u2026 Je pensais que c\u2019\u00e9tait des mecs rebelles, des durs, enfin, des jeunes quoi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Une cartouche en mousse le percuta au front, presque \u00e0 bout portant. Il laissa \u00e9chapper un cri.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Arr\u00eate avec cette saloperie&nbsp;! Non mais t\u2019as quel \u00e2ge&nbsp;? S\u00e9rieux quoi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il venait de baisser le ton, voyant qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 recharg\u00e9 son arme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est mon talisman. Tr\u00e8s utile en cas de mauvaises rencontres&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pourquoi tu fais \u00e7a&nbsp;? Les graffitis, je veux dire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je fais comme tout le monde. J\u2019essaie de tuer le temps. Et puis je n\u2019ai pas envie d\u2019oublier. Je n\u2019ai pas envie qu\u2019<em>on<\/em> oublie.<\/p>\n\n\n\n<p>Na\u00efvement, il demanda&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Quoi donc&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Que nous sommes mortels. Pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils arpent\u00e8rent la ville jusqu\u2019\u00e0 ce que toutes les bombes soient vides. Marianne se montra plus loquace cette nuit-l\u00e0, commentant l\u2019actualit\u00e9 avec humour. Pago l\u2019enviait. Il aurait voulu \u00eatre comme elle, l\u00e9ger, au-dessus de tout.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Faut pas cracher dans la soupe gamin, la n\u00e9crogen\u00e8se a am\u00e9lior\u00e9 des choses&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il leva un sourcil sceptique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les s\u00e9ries polici\u00e8res&nbsp;! C\u2019est BEAUCOUP&nbsp; mieux maintenant !<\/p>\n\n\n\n<p>Devant l\u2019incompr\u00e9hension du jeune homme, elle poursuivit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Avant la Grande R\u00e9volution, les intrigues \u00e9taient nulles&nbsp;! Un meurtre, un flic solitaire et alcoolique qui trouve le coupable&#8230; Depuis que les morts peuvent revenir et d\u00e9noncer le criminel, \u00e7a corse un peu l\u2019affaire, tu vois&nbsp;? Maintenant, les assassins doivent anticiper tout un tas de param\u00e8tres&nbsp;! Une victime peut \u00eatre assassin\u00e9e plusieurs fois, aussi&nbsp;! Merci la n\u00e9crogen\u00e8se&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ajouta, en lui faisant un clin d\u2019\u0153il&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je raffole des s\u00e9ries polici\u00e8res\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ils crois\u00e8rent une patrouille anti-suicide qu\u2019ils salu\u00e8rent aimablement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Insectes&nbsp;et bi\u00e8re ? demanda-t-elle au moment o\u00f9 le ciel commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019\u00e9claircir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c0 une condition. Tu payes cette fois-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis sa rencontre avec Marianne, la vie de Pago avait retrouv\u00e9 un cours r\u00e9gulier. Il rentrait \u00e0 l\u2019aube, s\u2019allongeait quelques heures avant d\u2019enfourcher son scooter et d\u2019entamer ses livraisons de repas. Il dormait peu mais il dormait bien. Cela changeait tout. Il sillonnait la ville et souriait chaque fois qu\u2019il apercevait un graffiti rouge. Les lettres MORTEL\u00b7LE\u00b7S ponctuaient sa route comme des saluts amicaux. Elles \u00e9taient les pointill\u00e9s d\u2019une carte lui indiquant, enfin, une route \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vint cette nuit qui allait tout changer. Ils s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s sur le boulevard du Parlement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est un peu risqu\u00e9, on est \u00e0 d\u00e9couvert, dit Marianne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Justement&nbsp;! Le slogan sera d\u2019autant plus visible&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Le slogan\u2026 r\u00e9p\u00e9ta-t-elle, pensive.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis elle haussa les \u00e9paules et sortit sa bombe. Pago tra\u00e7a des lettres gigantesques. Le graffiti ferait bien vingt m\u00e8tres de long une fois termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 L\u2019ambition de la jeunesse, se moqua gentiment Marianne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu sais ce que j\u2019ai entendu aujourd\u2019hui&nbsp;? Les ressuscit\u00e9s auraient une variable d\u2019\u00e9motions moins grande que les gens \u00ab&nbsp; normaux&nbsp;\u00bb, au fil du temps. Une \u00e9tude a montr\u00e9 que, comme ils n\u2019ont plus peur de mourir, ils ressentent les choses de mani\u00e8re moins violente. Cela voudrait dire qu\u2019ils sont moins susceptibles que les autres de conna\u00eetre des troubles psychiatriques. Ils sont plus stables, plus fiables.<\/p>\n\n\n\n<p>Marianne releva la t\u00eate, curieuse&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ah oui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Du coup, le gouvernement s\u2019est empar\u00e9 du sujet. Le porte-parole a dit que, vu la triste vague de suicides qu\u2019il y avait en ce moment, ils pensaient mettre \u00e0 l\u2019\u00e9tude un projet de n\u00e9crogen\u00e8se pour les vivants, histoire d\u2019enrayer le ph\u00e9nom\u00e8ne. C\u2019est n\u2019importe quoi, il faut faire quelque chose&nbsp;! Cr\u00e9er un mouvement de r\u00e9sistance, se r\u00e9volter&nbsp;! Tu ne crois pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux acolytes se retrouv\u00e8rent soudain \u00e9blouis par un halo puissant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Halte l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Surgis de nulle part, deux policiers arrivaient dans leur direction.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vingt-deux&nbsp;! hurla Marianne. Cours gamin, cours&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ils partirent \u00e0 tombeau ouvert et bifurqu\u00e8rent d\u00e8s la premi\u00e8re ruelle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Plus vite ! criait Pago.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9dale des rues jouait en leur faveur mais comme Marianne le disait entre deux respirations saccad\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019ai plus vingt ans moi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Par ici&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pago se tenait pr\u00e8s d\u2019une benne dont il avait soulev\u00e9 le couvercle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Nom de dieu&nbsp;! l\u00e2cha Marianne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il dut lui faire la courte-\u00e9chelle. Elle tomba au fond dans un bruit sourd.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 A\u00efe&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Chut&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019eut que le temps de la rejoindre. Les voix s\u2019approchaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ils sont partis par o\u00f9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 On n\u2019entend plus rien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Essayons par-l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les pas s\u2019\u00e9loign\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Toi qui adore les s\u00e9ries polici\u00e8res, te voil\u00e0 servie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je crois que je me suis p\u00e9t\u00e9 la clavicule&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais non, t\u2019es juste trop vieille, t\u2019as les os qui craquent, c\u2019est tout\u2026.. A\u00cf\u00cfE&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Entreb\u00e2illant le couvercle, Pago constata&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La voie est libre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sortirent avec difficult\u00e9 et s\u2019assirent sur le macadam, essuyant les derni\u00e8res larmes du fou-rire qui les avait pris. Pago se tourna alors vers Marianne et l\u2019embrassa. Elle se recula vivement:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a va pas non&nbsp;? Je pourrais \u00eatre ta m\u00e8re&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Tout confus, le gar\u00e7on balbutia des excuses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pardon, c\u2019est l\u2019excitation du moment\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Alors celle-l\u00e0, \u00e7a faisait longtemps qu\u2019on me l\u2019avait pas faite&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, elle souriait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Allez viens, on va terminer le graff. J\u2019aime pas laisser les choses en plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9mit un profond g\u00e9missement en se relevant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Marianne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Trop d\u2019\u00e9motions je crois\u2026 souffla-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019effondra. Il appela les urgences, les yeux fix\u00e9s sur sa chevelure qui caressait le bitume.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, il \u00e9tait confront\u00e9 \u00e0 l\u2019attente interminable des secours. Le temps s\u2019\u00e9tirait dangereusement. Enfin, les sir\u00e8nes de l\u2019ambulance perc\u00e8rent l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a y est&nbsp;! Ne t\u2019inqui\u00e8te pas, ils arrivent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le visage de Marianne n\u2019exprimait rien. Les secouristes s\u2019activ\u00e8rent autour d\u2019elle. Confus, Pago \u00e9choua \u00e0 les renseigner. Il ne connaissait rien d\u2019elle. L\u2019une des secouristes amena un d\u00e9fibrillateur cardiaque.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pas d\u2019h\u00f4pital&nbsp;? s\u2019inqui\u00e9ta Pago.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pas assez de place. On traite le maximum de personnes l\u00e0 o\u00f9 on peut, dit-elle avant de pousser une exclamation de surprise. STOP&nbsp;! C\u2019est une ressuscit\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la poitrine de son amie, Pago vit la fameuse tache noire. Il la fixait, comme absorb\u00e9 par elle. Les ambulanciers apport\u00e8rent un ordinateur auquel \u00e9tait reli\u00e9e une sorte d\u2019aiguille. Ils l\u2019enfonc\u00e8rent au centre de la tache. Les doigts du m\u00e9decin couraient sur le clavier. Quelques clics plus tard, Marianne ouvrit les yeux. Elle ne prit pas cette grande inspiration qu\u2019on imagine chez les gens qui reviennent \u00e0 la vie. Elle ouvrit juste les yeux. D\u00e9j\u00e0, les secouristes rangeaient leurs affaires.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Heureusement que vous \u00eates puc\u00e9e&nbsp;! Prenez le temps de vous reposer, madame. Cela peut recommencer n\u2019importe quand, il serait prudent de ne pas rester seule pour que l\u2019on puisse intervenir si besoin. Bonne journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019aube \u00e9claircissait le ciel, en effet. Pago aida Marianne \u00e0 se relever alors que les sir\u00e8nes hurlaient d\u00e9j\u00e0 vers un nouveau sauvetage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a va aller&nbsp;? Je te raccompagne&nbsp;? Comment tu te sens&nbsp;? Qu\u2019est-ce que je peux faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Marianne ne r\u00e9pondit pas. Son expression \u00e9tait sinistre. C\u2019\u00e9tait un visage que Pago ne connaissait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je voudrais aller sur le pont.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle marchait normalement. Son corps ne manifestait aucune s\u00e9quelle de l\u2019incident. Ce n\u2019\u00e9tait pas pour apaiser Pago. Quand ils arriv\u00e8rent, le soleil venait d\u2019\u00e9merger au-dessus des buildings. Le fleuve, long serpent, brillait d\u2019une lumi\u00e8re froide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pourquoi tu les as appel\u00e9s, imb\u00e9cile&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Marianne contemplait l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comment&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il ne l\u2019avait jamais vue dans la lumi\u00e8re du jour. Ses l\u00e8vres \u00e9taient p\u00e2les. Des cernes noirs, d\u00e9licats pourtant, faisaient un berceau \u00e0 ses prunelles sombres. Le blanc dominait dans sa chevelure folle. Elle avait l\u2019air d\u2019une femme qui avait trop v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019aurait \u00e9t\u00e9 une belle mani\u00e8re de partir, tu comprends.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y eut un long silence peupl\u00e9 de pens\u00e9es solitaires. Puis Pago posa la question qui le taraudait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comment es-tu morte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mauvaise question, Jus de fruits.<\/p>\n\n\n\n<p>Il r\u00e9fl\u00e9chit avant de rectifier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Pourquoi<\/em> es-tu morte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle lui sourit. Elle \u00e9tait belle quand elle souriait. Mais sa r\u00e9ponse lui gla\u00e7a le sang.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu te rappelles le jour de la R\u00e9volution ? Qui pourrait l\u2019oublier. La liesse des gens. Ils se donnaient des accolades, sans se conna\u00eetre. D\u2019autres se promenaient au beau milieu de la rue, un sourire b\u00e9at accroch\u00e9 aux l\u00e8vres. Je les regardais, post\u00e9e derri\u00e8re ma fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle marqua une pause. Les mains dans les poches, son regard ne d\u00e9rivait pas de l\u2019eau qui coulait devant eux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mon gar\u00e7on avait onze ans quand il s\u2019est fait percuter par une voiture. Le conducteur changeait la musique sur l\u2019\u00e9cran de bord. On l\u2019a tous fait. Il suffit parfois d\u2019une seconde. Une toute petite seconde. Un claquement de doigts.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle mima sa parole&nbsp;: ses doigts claqu\u00e8rent dans l\u2019air. Le bruit fit \u00e0 Pago l\u2019effet d\u2019un couperet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ils l\u2019ont gard\u00e9 quatre jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, \u00e0 essayer de le r\u00e9parer. Je ne saurais m\u00eame pas t\u2019expliquer ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 ces quatre jours pour moi. Juste\u2026. Ce n\u2019\u00e9tait pas humain. Cette attente, \u00e7a te d\u00e9traque le cerveau. La vie suspendue. Tu vois ce que je veux dire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pago acquies\u00e7a, m\u00eame s\u2019il n\u2019en \u00e9tait pas s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les m\u00e9decins ont fini par nous annoncer son d\u00e9c\u00e8s. C\u2019\u00e9tait le premier avril. Il y a cinq ans. Le lendemain, tous les m\u00e9dias du monde annon\u00e7aient qu\u2019on savait enfin ressusciter les morts. Dans un d\u00e9lai de deux heures apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s. Si tu savais, Pago, si tu savais ce que j\u2019ai ressenti alors\u2026 Je regardais passer les gens par la fen\u00eatre. Ils \u00e9taient heureux \u2026 Moi j\u2019essayais de remonter le cours du temps, je ne comprenais pas que tout ait pu se jouer \u00e0 si peu. La cruaut\u00e9 de ce presque rien\u2026 Pleure pas, gamin.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle prit une grande inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Un soir particuli\u00e8rement noir, j\u2019ai aval\u00e9 un paquet de m\u00e9docs. J\u2019ai arros\u00e9 le tout d\u2019une bouteille de whisky, histoire d\u2019optimiser le r\u00e9sultat. Quand je fais quelque chose, je le fais bien&nbsp;! Pas de bol, mon ex-mari est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019improviste. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9e. Tu sais ce qu\u2019ils m\u2019ont dit&nbsp;au r\u00e9veil ? \u00ab&nbsp;Vous avez eu de la chance&nbsp;! \u00bb&nbsp; Tordant, non&nbsp;?&nbsp; Encore une fois, tout se jouait dans l\u2019interstice d\u2019un presque rien. Sans raison. Enfin voil\u00e0&nbsp;: je suis une miracul\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Son rire r\u00e9sonna de mani\u00e8re horrible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu veux que je t\u2019avoue quelque chose, Pago&nbsp;? Je suis l\u00e2che. Je n\u2019ai pas retrouv\u00e9 le courage de me foutre en l\u2019air. J\u2019attends que le temps fasse son affaire. Personne n\u2019est cens\u00e9 vivre avec un tombeau \u00e0 la place du c\u0153ur. Et ce qui m\u2019effraie, c\u2019est que c\u2019est \u00e7a, la n\u00e9crogen\u00e8se. \u00c7a creuse une tombe \u00e0 la place du c\u0153ur des gens. Il faut mourir, pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p>Instinctivement, Pago se rapprocha pour prendre Marianne dans ses bras.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ah non&nbsp;! dit-elle en le repoussant. T\u2019es trop sentimental gamin, je supporte pas les niaiseries&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sourit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Fais pas cette t\u00eate&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pago ne savait que dire. Ses \u00e9motions d\u00e9bordaient de partout. Soudain, il avisa le canon de la carabine qui sortait du sac. Marianne capta son regard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019\u00e9tait son jouet pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il s\u2019appelait&nbsp;comment ? demanda-t-il d\u2019une petite voix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Jordan. Il s\u2019appelait Jordan.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela faisait six jours. Comme d\u2019habitude, il rangea son scooter dans l\u2019entrep\u00f4t vers une heure du matin. Puis il traversa la nuit jusqu\u2019au pont o\u00f9 il attendit, capuche sur la t\u00eate et mains dans les poches. Elle ne vint pas, comme les nuits pr\u00e9c\u00e9dentes. Les noctambules qui croisaient Pago voyaient tant\u00f4t un jeune homme m\u00e9lancolique accoud\u00e9 \u00e0 la balustrade, tant\u00f4t un gamin jouant \u00e0 cloche-pied, \u00e9vitant des lignes imaginaires. Que les heures sont longues lorsqu\u2019on attend. O\u00f9 \u00e9tait-elle&nbsp;? Avait-elle fait un autre malaise&nbsp;? Il n\u2019avait aucun moyen de la retrouver. Exasp\u00e9r\u00e9, il se mit \u00e0 marcher. Les graffitis rouges lui r\u00e9chauffaient le c\u0153ur, comme une preuve que cette rencontre avait eu lieu. C\u2019\u00e9tait aussi un rappel \u00e0 l\u2019ordre. Un avertissement peut-\u00eatre ? Marianne \u00e9tait mortelle. Il \u00e9tait mortel. Elle l\u2019avait abandonn\u00e9. La tentation du suicide revenait alors, insidieuse. \u00c0 quoi bon&nbsp;? Ou alors, elle avait eu honte qu\u2019il d\u00e9couvre la v\u00e9rit\u00e9. Elle ne voulait jamais plus le revoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sixi\u00e8me nuit pourtant, il \u00e9tait plus apais\u00e9. Il <em>sentait<\/em> qu\u2019elle ne reviendrait pas. Il quitta le pont.<\/p>\n\n\n\n<p>Marianne lui avait donn\u00e9 de l\u2019espoir et puis\u2026. Elle s\u2019\u00e9tait \u00e9vanouie. Pago marchait sans savoir o\u00f9 il allait. Ses pas l\u2019amen\u00e8rent dans la rue de l\u2019enseigne \u00ab&nbsp;Asian Food&nbsp;\u00bb. Il entra. L\u2019odeur \u00e9tait demeur\u00e9e la m\u00eame&nbsp;: \u00e9pices, chaleur aigre-douce. La serveuse s\u2019approcha avec un sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Des insectes pan\u00e9s, s\u2019il vous pla\u00eet, et deux Tsing-Tao.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en boirait qu\u2019une. L\u2019\u00e9cran rediffusait la finale de l\u2019\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. Les deux finalistes s\u2019\u00e9taient affront\u00e9s avec des arcs de chasse. Pago regardait la femme, une fl\u00e8che plant\u00e9e dans le dos, le visage crisp\u00e9 par la douleur. Son adversaire approchait. Un ruisselet de sang tra\u00e7ait son chemin sur sa combinaison blanche. Pago savait. Il savait qu\u2019elle allait perdre. Il avait eu vent des r\u00e9sultats. Transperc\u00e9e, elle s\u2019\u00e9croulerait sur le sol quelques instants plus tard. Elle serait ressuscit\u00e9e dans l\u2019heure. Sur son visage ramen\u00e9 \u00e0 la vie se lirait imm\u00e9diatement la d\u00e9ception cruelle d\u2019avoir perdu le jeu. Mais \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, les traits ravag\u00e9s par la tension, elle \u00e9tait mortelle. Vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tenez Monsieur. C\u2019est pour vous.<\/p>\n\n\n\n<p>La serveuse d\u00e9posa sur la table le sac \u00e0 dos de Marianne. Il l\u2019ouvrit d\u2019une main tremblante. Il y avait quatre bombes de peinture neuves. Tout au fond, un petit papier pli\u00e9 en quatre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Merci pour ces belles heures, je n\u2019en attendais plus de jolies. Toi tu ne l\u00e2ches rien, t\u2019as compris&nbsp;? Tu sais comment je suis quand je m\u2019\u00e9nerve alors fais gaffe\u2026 Salut, gamin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les larmes roulaient le long de ses joues. Une \u00e9motion terrible l\u2019\u00e9treignait. Il avait compris. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019il perdait quelqu\u2019un. Il \u00e9tait vivant. Vivant et mortel. Vivant parce que mortel. Il paya l\u2019addition et sortit, d\u00e9termin\u00e9, une bombe de peinture rouge sang \u00e0 la main.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 qui fait plaisir &#8230; Surtout que le dossier th\u00e9matique associ\u00e9 n&rsquo;est pas fait pour me d\u00e9plaire. 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